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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 12:25

Atteindre Hanoï, c'est toute une aventure. Il a d'abord fallu m'extraire du lit à 3h00, ou plus exactement à 3h13 quand le gars de l'hôtel est venu frapper à la porte de la chambre pour m'avertir que mon taxi était arrivé. J'avais oublié de mettre le réveil à sonner. Départ en catastrophe de Back Home et direction KL Sentral pour attrapper un bus qui m'a conduit jusqu'à l'aéroport. De là, vol pour Hanoi à 6h15 avec son lot de turbulences (j'ai pensé à toi Candice). Arrivée à 8h15, heure locale, puis deux heures d'attente pour récupérer mes bagages. On se fait envoyer d'un tapis à l'autre, qui sont séparés chacun par le hall de contrôle aux frontières, jusqu'à ce que l'excellente organisation aéroportuaire finisse enfin par balancer nos sacs et valises sur un des tapis. Je me précipite dans un minibus douteux qui me dépose bien dans le centre de la capitale vietnamienne, et je parcours le kilomètre qui me sépare de mon backpacker.

 

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Pho de boeuf et nems  

 

Il est encore un peu tôt (12h15 tout de même) pour prendre possession de mon lit dans un des dortoirs (oui Katia, je baisse les coûts). Je pars donc me restaurer dans une gagote du coin recommandée par Saint Lonely Planet, car je n'ai rien avalé en 10 heures. N'étant pas familiarisée avec toutes les subtilités de la cuisine vietnamienne, je me rapatrie sur le menu classique: soupe Pho, nems et poulet sauté aux noix de cajou. Je mors dans le nem et là, de battre mon coeur s'est arrêté. Je n'ai jamais rien croqué d'aussi bon et parfumé et tiède. Toi mon lecteur gourmet, viens vite faire un tour ici et oublie tous les insipides plats vietnamiens servis dans nos restaus chinois. La vraie vie gastronomique commence ici.

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Vendeuse ambulante avec sa palanche


Après une bonne sieste, elle aussi restauratrice, je me pose dans un des nombreux café du vieux quartier. Rien à voir avec nos terrasses. Il s'agit souvent d'une petite boutique à la limite de la salubrité, avec quelques mini-tabourets en plastique disposés devant. Ces cafés servent une bière brassée du jour et la Tiger thaï ou la Hanoi beer. J'abaisse mon cul au presque ras du sol et regarde la vie défiler à un carrefour, une chopine dans une main et de délicieux beignets glacés de sucre concédés pour quelques dongs par une vendeuse de rue. Le soir venu, je me délecte de nems de poisson-chat, délicatement roulé dans une feuille de riz aussi translucide qu'un voile de mariée. Tu l'auras compris, ma découverte d'Hanoi commence par l'éveil des papilles.

 

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 Hanoi Old Quarter et beignets glacés 

 


Bien sûr Hanoi, c'est un joyeux bordel ambulant comme savent si bien nous offrir les villes asiatiques. Un maelström incessant de deux roue, de piétons, de voitures, de vendeurs à vélo, de vendeurs avec leur palanches. Bien sûr Hanoi, c'est un vieux quartier où s'enchainent les échopes comme les perles sur un collier. Bien sûr Hanoi, c'est un ciel blanc d'hiver sans aucun relief et des habitants qui s'emmitouflent dans leurs gros manteaux, leurs bonnets, leurs écharpes. Bien sûr Hanoi, c'est le charme de ses poteaux électriqes soutenant des dizaines de câbles, des temples taoïstes, une cathédrale, un lac pour amoureux. Mais Hanoi c'est d'abord un paradis pour gastronome. La visite de la ville viendra plus tard.

 

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Café traditionnel, au coin d'une rue

 

Pour terminer ce premier parcours culinaire, mon lecteur à l'eau à la bouche, il faut que je te parle de mon premier Bun Cha. Il s'agit d'un bouillon avec de généreux morceaux de porc gras et savoureux et dans lequel on plonge des vermicelles de riz et un fouillis d'herbes aromatiques. Un pur délice ça aussi! Si tu connais des adresses à Paris ou ailleurs pour se faire le même, n'hésite pas à me laisser un message sur ce blog! Mais là, il faut que je te laisse, car cela va être l'heure du dîner et j'en salive déjà.

 

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Bun Cha, herbes et vermicelles

 

 

 

 

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 13:05

Je marque un arrêt prolongé à Kuala Lumpur, le temps d'obtenir un visa pour la Birmanie. 4 jours prévus qui devraient me laisser le temps de visiter la ville. Tout commence bien avec un bus à bas coût pour me rendre de l'aéroport au centre ville. Je peine à trouver la gare routière de KL Sentral sur mon plan. Il va tout de même me falloir un taxi pour gagner mon hôtel. Une fois n'est pas coutume, et vu l'état de mes finances, j'ai opté pour un vrai backpackers avec dortoir. Je ne suis pas très friande de ce type de logement (c'est souvent le chaos et plein de petits jeunes bruyants et un peu trop sûrs d'eux). Bref, à KL Sentral je me rends au guichet des taxis, indique la rue où je me rends et m'acquitte des 10 ringgits (2,5€) de la course. C'est quand même bien pratique ce système pré-payé! Je fais la queue une dizaine de minutes et grimpe dans un vieux tacot conduit par un chauffeur du même âge. Je lui tends mon ticket et lui indique le nom de mon hôtel. Il me réplique qu'il me conduira sur la bonne rue et que c'est à moi de trouver l'endroit où je me rends. Je lui rétorque que je paye un taxi et non un bus et que je compte bien qu'il me dépose à l'endroit désiré. Mais rien à faire. Il s'arrête en bas de la rue alors que je vais en haut. Je refuse de descendre. Il remonte de deux blocs et je comprends qu'il n'ira pas plus loin. Selamat datang Kuala Lumpur!

 

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 Back Home, le paradis du backpacker


Heureusement, mon backpackers est absolument génial. Si tu passes par Kuala, rends-toi à Back Home. Les chambres sont spacieuses, peu de lits (et même quelques chambres doubles), le design est top et le personnel adorable. Je file au centre de visa pour Myanmar (n'en déplaise à Tritri, il comprendra) qui a eu la bonne idée d'emménager juste à côté de mon hôtel. Je fais la queue deux heures et retourne m'écrouler dans mes draps frais. Pas dormi de la nuit, j'ai du sommeil à rattrapper. 

 

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La mosquée nationale et le skyline de Kuala Lumpur

 

Je profite des jours suivants pour visiter Kuala Lumpur, sauf qu'il n'y a pas grand chose à voir. Les tours Petronas, qui furent un temps les plus hautes du monde se voient de loin. Il ya bien ce musée des arts islamiques qui m'intrigue et auquel je décide de consacrer un matinée. D'après le plan, rien n'est bien loin. Je mets mes Birkenstock en action et découvre que Kuala Lumpur a connu un développement frénétique mais sans aucun plan d'urbanisation. De larges avenues se transforments subitement en autoroutes urbaines sans trottoir. Il faut faire des détours pas possibles pour trouver un pont pour traverser le ru qui parcourt la ville du nord au sud. Le plan n'est pas clair. A force de tours et de détours, je finis tout de même par rejoindre le musée, en ayant marqué une pause devant l'étonnante gare de Kuala édifiée par un architecte britannique et qui a voulu rendre hommage à l'islam à sa manière.

 

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L'étonnante gare de Kuala Lumpur

 

Il subsiste encore quelques petits quartiers "traditionnels" avec ses maisons de bois, ses marchés et ses petites gargottes chinoises. Mais on sent bien que tout cela est amené à disparaitre. Il y a deux cents ans, Kuala Lumpur n'était qu'une petite ville minière (du fer) et aujourd'hui, c'est une ville où les gratte-ciel à l'architecture souvent douteuse l'emportent. Pour autant, ce n'est pas désagréable d'y flâner un jour ou deux, d'autant qu'à cette saison la température est plus que supportable et le taux d'humidité redescend sous la barre des 80%. Et puis c'est aussi l'occasion de s'offrir un dîner dans un restaurant "civilisé" avec du bon gras d'Espagne et du vin. Ohlala, après un mois en Inde et quatre mois en Asie, je peux te le confesser mon lecteur oenophile: I miss my wine!

 

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Une vieille maison et les Tours Petronas

 

 

 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 08:43

Nous avons osé l'impensable et sortir du Kerala pour aller visiter Padmanabhapuram, le plus vieux palais d'Inde et le seul en bois. Situé à l'extrême sud du pays, il se trouve dans l'état du Tamil Nadu mais ressort curieusement du Ministère de la Culture du Kerala. Pour arriver jusque là, nous avons d'abord dû nous farcir 5 heures de bus jusqu'à Thiruvananthapuram, la capitale du Kerala, puis 16km en rickshaw jusqu'à Kovalam. Kovalam, c'est un peu le Palavas-les-Flots du Kerala. Une station balnéaire, qui a dû être petite et charmante en son temps, et qui maintenant n'est qu'une succession d'hôtels et de homestay solidement amarrés aux rochers qui descendent jusqu'à la baie. Là, une promenade en arc-de-cercle épouse la plage de sable fin, petite baie au goût suret des boutiques attrape-touristes et des restaurants trop chers.

 

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Le phare (breton) de Kovalam


Après un réveil en fanfare assuré par les Indiens matinaux qui peuplent notre hôtel, nous sautons dans un taxi poussiéreux à la climatisation assurée par les fenêtres ouvertes. Notre chauffeur, qui pourrait peut-être prétendre à la retraite à 67 ans si elle existait en Inde, a peur des virages, des voitures et des camions. Il roule au milieu de la route et freine net, quand il ne s'arrête pas, chaque fois que quelqu'un arrive en face. La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a que 60 kilomètres, soit près de deux heures de route! Heureusement, Pépé est fort sympathique et il rigole tout le temps. Nous serpentons entre les cocotiers sur une route aussi lisse qu'un ruban de satin, quand brusquement, poussière, ornières, nids-de-poules grands comme la baignoire de Dumbo surgissent sous nos roues. Nous sommes dans le Tamil Nadu. 

 

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Le mur d'enceinte du fort

 

Le palais de bidulemachinpuram date de 1601, soit un peu après Marignan et un peu avant le règne de Louis XIV. Il est abrité par une forteresse de granit et constitue un ensemble remarquable de pièces, halls, chambres et salles de réception en tek. Le sol, fait d'un assemblage de coques de noix de coco, de blanc d'oeuf et d'une myriage d'autres petites choses, n'a subi aucune altération en 4 siècles! Un tour de force sur le sous-continent! Le plus grand bâtiment est une salle sur deux étages capables de contenir 1000 convives à la fois. Le bon roi local, servait la soupe à 2000 indigents par jour, ce qui faisait partie de ses attributions régaliennes. 

 

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Inside the salle-à-manger du rez-de-chaussée

 

Pour plus de détails sur le palais, je vous recommande de payer le voyage à Loran Deutch qui se fera un plaisir d'en faire un bouquin vulgarisateur accessible à tous, aveugles et malvoyants compris. Moi, je dirai juste que si tu vas traîner tes savates dans le sud de l'Inde, tu dois impérativement passer par là. C'est effectivement unique en son genre et ça change des temples avec gopuram, sans gopuram, dédiés à Vishnu ou Krishna, etc... Cela, même si tu dois te taper un chauffeur qui a profité de l'attente pour se siffler sa petite flasque d'alcool et te tirer une gueule de six pieds de long parce que tu refuses de t'arrêter acheter le meilleur miel du Kerala, goûter les meilleures bananes du Kerala sur le chemin du retour. Du coup, il avait beaucoup moins peur des voitures et nous beaucoup plus peur, alors on a dormi pendant l'heure et demi à peine qu'à duré le trajet.

 

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L'entrée du palais

 

 

 

 

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 08:27

Hassan, sa gare ferroviaire, sa gare routière, ses quelques hôtels tous pourris et aucun intérêt. Mais pourquoi y aller me diras-tu mon lecteur intrigué? Pour le village de Halebid et la petite ville de Belur, qui chacuns hébergent parmi les plus vieux temples de l'Inde. En route pour Halebid, dans un premier temps, à travers les petites routes du Karnataka, bien cahotiques. Le temple de Halebid est dédié à Shiva et date du 12ème siècle de notre ère. Il est réputé pour la délicatesse de ses sculptures qui ornent le mur extérieur du temple. Certains prétendent que la pierre n'a jamais été plus finement ciselées qu'à Halebid.

 

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Ganesh garde l'entrée du temple d'Halebid

 

Je grimpe dans un rickshaw pour parcourir les 16km les plus défoncés jusqu'à Belur. Son temple est beaucoup plus imposant et grand que celui d'Halebid, tout en datant de la même époque. Commandité par le roi Vishnuvardhana en 1117, le temple n'a jamais été achevé. Tout comme son cousin d'Halebid, il est construit en schiste, plus communément appelé pierre de savon. Le mur extérieur est également parcouru de sculptures d'une grande finesse, mais son attrait principal demeurent les quarante piliers intérieurs du temple, tous ciselés différemment. Les passionnés d'hindouisme et/ou d'histoire de l'art doivent pouvoir passer des semaines à étudier les frises minérales, qui toutes racontent une histoire ou évoquent les dieux et avatars de l'hindouisme. La mécréante que je suis a apprécié la promenade d'une journée au coeur de l'Inde médiévale. Après tout, ces temples ont à peu de chose près le même âge que Notre-Dame de Paris, et il est fascinant de constater à quel point la religion a poussé les hommes à se surpasser pour la gloire de leur(s) dieu(x).

 

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Le temple de Belur

 

 

 

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 08:24

La visite d'Isabelle et Jean-Nicolas est l'occasion d'aller explorer de nouvelles contrées keralaises. Il n'y a pas que les plages de sable fin et les cocotiers pour satisfaire nos pulsions touristiques. Contrée étendue le long de la côte ouest, le Kerala est parcouru du nord au sud par les Ghats Occidentaux, une chaîne de montagnes qui procurent fraicheur et bien-être. Les Anglais y ont débarqué au début du XIXème siècle et ont tellement apprécié le climat qu'ils se sont dit que ce serait parfait pour y faire pousser du thé. A partir de 1880, les pâtures ont laissé la place à des kilomètres carrés d'arbre à thé; et aussi à des milliers d'eucalyptus plantés par une fada australienne en mal du pays.

 

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Isa & Jean-Nicolas, mes compagnons de voyage

 

Nous débarquons donc à Munnar, enfin... tout près, pour 3 jours. A peine largué à l'hôtel, notre chauffeur nous apprend qu'il y a grève des transports dans la région le lendemain. Par solidarité avec ses petits copains du district, il ne pourra nous conduire nulle part. Jean-Nicolas et Isa goûtent d'emblée aux bienfaits du communisme keralais, qui a surtout pour résultat de battre la France à plate couture en terme de jours de grève/an. Air France et la SNCF, c'est du pipi de chat à côté. En attendant le lendemain, nous montons à Munnar, petite station d'altitude au fouillis caractéristique du pays. Cinq minutes dans le tumulte de la circulation et du bazar suffisent à oppresser mes amis lourdement jet-laggés. Je les apaise avec la recette universelle de la bonne bouffe: un chicken fry et de délicieux parothas et les voilà réconciliés d'emblée avec leur pays hôte pour les 10 prochains jours.

 

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Cuisson des parothas

 

La nuit porte toujours conseille et finalement les dissidents politiques de Munnar ont décidé d'annuler la grève. Nous profitons tout de même de la matinée pour déambuler dans les champs de thé au pied de notre hôtel. Puis, nous mettons le cap vers un parc national tout pourri. Notre chauffeur nous précise bien qu'en tant que touristes occidentaux, nous n'avons pas à faire la queue pour obtenir le billet d'entrée. Et la queue, il y'en a! Nous nous rendons donc directement dans le bureau, où le garde de sécurité nous laisse entrée. Nous attendons patiemment que les deux employés terminent de compter les billets de banque et je leur demande 3 billets. Le préposé me propose un calendrier que je refuse poliment. Et là, le second employé nous chasse en nous disant que nous devons faire la queue comme tout le monde. Ah ouais? De toute façon, les chèvres sauvages de Munnar, on s'en fout! Et puis, faire 3 heures de queue pour grimper dans un minibus, non merci. Allez, c'est nul à chier, on se casse!

 

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Plantation de thé près de Munnar

 

Nous demandons à notre chauffeur de nous déposer au Tata Tea Museum. Oui, Tata ne fait pas que des voitures, il fait aussi du thé. Bon, il en a fait en réalité. Nous apprenons, au cours d'un film de 30mn sur l'histoire de Munnar que Tata a revendu quasiment toutes ses parts à ses employés, il y'a de cela une quinzaine d'années. L'immense propriété est désormais auto-gérée, avec une présidence tournante. Ca a l'air de fonctionner. Nous sommes ensuite dirigés vers la salle des machines, ou des feuilles de thé sont étalées sur une trieuse. Benoitement, nous pensons que les secrets de fabrication du thé vont enfin nous être révélés. Mais non. Un employé de l'usine brandit un micro relié à un haut-parleur et il harangue la foule compacte pendant 15 minutes sur les bienfaits du thé vert. Il explique aux Indiens ébahis qu'ils ne savent pas faire le thé correctement, et que s'ils se contentent de boire 3g de thé par jour et d'en mâchouiller quelques feuilles avant de dormir ils n'auront plus de cholestérol et ils dormiront mieux. Nous ressortons de la visite un gobelet de chaï à la main, toujours sans savoir comment il est fait.

 

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En route vers Top Station

 

Le troisième jour, nous montons à Top Station. Il s'agit d'un col situé à 1800 mètres d'altitude, à la frontière du Tamil Nadu, qui surplombent la vallée des Ghats. La route pour y accéder est à couper le souffle. Après une succession de barrages et de lacs artificiels, nous amorçons la montée dans un océan de vert. Le ciel bleu azur et le soleil jaune citron font ressortir les couleurs. Arrivés à Top Station, le blanc prend les devants. Les nuages sont en train de remonter. Circulez, il n'y a rien à voir. Nous n'aurons pas vu la vallée, mais avons fortement apprécié la route. Au retour, une (petite) horde d'éléphants sauvages vient nous saluer. Voilà de quoi conclure une belle journée!

 

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Top Station dans les nuages

 

 

 

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 11:00

D'humeur keralaise pendant un long mois, ma plume s'est mise en grève. Je sais, mon lecteur abandonné, cette absence prolongée est impardonnable. Entre les mauvaises connexions internet (quand elles existent), le farniente au son des rouleaux de la mer de Lakshwadeep, la visite d'amis, toutes les excuses ont été bonnes pour rester éloignée de mon clavier numérique. J'ai tout de même profité de ma parenthèse indienne du mois de décembre pour bouger un tout petit peu. Cela a débuté par une escale dans l'état du Karnataka et la ville de Mysore (prononcer Maillezore). J'ai un peu eu ma séquence de Noël le long des grands boulevards parisiens, mais sans la frénésie du shopping. Il y a fort à parier que celui (ou celle) qui a conçu la mise en lumière des Galeries Lafayette a puisé son inspiration dans l'éclairage invraisemblable du palais de Mysore.

 

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Mysore Palace by day

 

Ce palais de maharaja est un incroyable amas hétéroclite de genres, entre ses coursives carelées, ses fresques murales, ses vitraux chatoyants et son dôme immense. Peut-être que l'architecte des Galeries Lafayette était lui aussi venu s'inspirer à Mysore? Toute cette laideur grandiose s'estompe à la nuit tombée quand les badauds viennent admirer l'illumination du palais au son d'une fanfare de pacotille, en grand uniforme. Un spectacle à ne pas manquer!

 

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Mysore Palace by night

 

Mysore, c'est aussi un zoo. Je préfère les animaux en liberté qu'en cage, mais je dois dire que j'ai été agréablement surprise par la richesse et la propreté de ce zoo. A défaut de pouvoir observer le tigre du Bengale dans son habitat naturel, d'abord parce que je n'ai pas encore mis les pieds au Bengale et aussi parce qu'il est extrêmement difficile à surprendre, je me suis rattrapée au zoo de Mysore. Une jolie tigresse albinos veille sur ses 4 petits déja bien grands et feint d'ignorer la foule compacte et bruyante qui s'amasse aux abords de son enclos. Demander à des Indiens d'observer le silence c'est aussi efficace que de demander à Christine Boutin de voter en faveur de l'adoption par les homosexuels... Oui, je sais mon lecteur bougrainvillieresque, j'anticipe sur le prochain débat porteur pour François Hollande.

 

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La lime à ongle du tigre

 

Mysore, c'est aussi Chamundi Hill. Une colline, donc, coiffée d'un temple des plus sacrés. Les pélerins se précipitent en masse et dans le bruit, pour se prosterner devant l'autel. Je leur ai laissé se plaisir immense que de s'écraser les uns contre les autres dans l'attente de se marquer le front de farine et bindis colorés, signes d'un passage au temple. Je me suis contentée de la vue sur les plaines environnantes avant de redescendre dans la fournaise de la ville et poursuivre mon chemin.

 

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Au sommet de la collne de Chamundi

 

 

 

 

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 08:14

Direction le sud du Cambodge, à Kampot, petite ville située à l'embouchure d'un fleuve, aux riches vestiges coloniaux. Pas de doute, les Français sont bien passés par ici. On retrouve les larges avenues et les maisons à deux étages aux toits de tuiles et volets de bois. Kampot diffuse une atmopshère paisible, où je pensais passer deux-trois jours et où j'ai finalement terminé mon séjour cambodgien à coups de petites excursions et de farniente.

 

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Au soir du 6ème jour, le soleil embrasa le ciel... enfin!

 

Ma première excursion fut pour la colline de Bokor, au sommet de laquelle les Franias écrasés par la chaleur estivale venaient se réfugier. En novembre, on supporte bien la chemise à manches longues à 1000 mètres d'altitude et avec un vent à décorner les boeufs. Au sommet donc, après 24 kilomètres de montée en lacets aux commandes de mon Jolly Jumper, une ville fantôme. L'église, située sur son petit promontoire rocheux, marque l'entrée de ce que fut Bokor Station. Abandonnée aux éléments, elle est tapissée d'une mousse orange. A l'intérieur, le silence et le néant. Seuls quelques aménagements témoignent de son appropriation par les Khmers rouge. Des parois afin de diviser la nef en pièces plus petites. Et des meurtrières qui laissaient passer le canon des fusils et permettaient de scruter la campagne environnante. 

 

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L'église de Bokor

 

Le bâtiment de choix de cette excursion demeure néanmoins l'hôtel, probablement construit au début du siècle à en juger par son architecture. Là encore, une coquille vide, mais qui a été entièrement ravalée et retapée à en juger par les flaques de ciment étalées ici et là sur la façade et les murs. Il n'y a plus ni portes, ni fenêtres. Ne subsistent que les murs et les escaliers, et la cheminée de la salle à manger. C'est une promenade étrange et agréable que de déambuler dans les méandres de cet hôtel désert. Il n'y a qu'à fermer les yeux pour que les meubles prennent place, que les rires fusent, que les vieux s'assoupissent dans un gros fauteuil club le journal négligemment ouvert sur les genoux. Depuis la terrasse, la vue sur la mer est magnifique. Si tu passes par le Cambodge, ne manque pas Bokor Hill. 

 

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Cadre hitchockien


Ma deuxième excursion fut pour la grotte de Phnom Ch'nor. On y accède par une ouverture dans la roche. Des rochers aux allures d'éléphant ou de tigre m'accueillent et la lumière se fait plus diffuse au fur et à mesure de la progression dans la grotte. Oui, j'ai oublié de prendre ma lampe de poche, mon lecteur précautionneux et je n'ai pu profiter de tous les recoins sombres et humides de ces entrailles pierreuses. J'y ai tout de même passé pas mal de temps, car une averse tropicale s'est abattue sur la région. Après 20 bonnes minutes à patienter, je décide avec mes deux camarades du jour, Thibaut et Jenny de reprendre la route. Cela signifie s'engager sur une route en terre battue, inondée et glissante. Ma première expédition en scooter sous la pluie fut punitive. J'avance à la vitesse de l'escargot de peur de m'embourber dans une flaque plus profonde que les autres ou de venir taper contre une pierre immergée. 

 

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La grotte de Phnom Ch'nor

 

Ma troisième expédition fut pour les marais salants et les champs de poivre de Kampot. Commençons par le sel. Si tu n'as jamais vu de marais salant, sache qu'ils sont organisés en rectangles, un peu comme les rizières, et inondés d'eau de mer. Le soleil faisant son oeuvre, l'eau va s'évaporer et le sel va rester. Les paludiers amassent alors le sel en tas, qui seront emmenés à l'usine locale pour être nettoyé puis vendu. Novembre marque le début de la saison sèche. Le début d'un cycle débute et les marais sont immergés. Concernant le poivre, celui de Kampot jouit d'une excellente réputation. Le Cambodge a cessé de fournir les étals français avec l'arrivée des Khmers rouges et la production de poivre reprend depuis quelques années seulement. Il est le seul produit cambodgien à bénéficier d'une AOC. Les champs de poivriers sont situés à une quarantaine de kilomètres de Kampot. La région produit 4 variétés de poivres. Le poivre vert, jeune pousse, cuisinée en grappes avec ton bon gros steak saignant par exemple. Le poivre rouge et le poivre noir qui sont séchés. Et le poivre blanc, qui tient sa couleur d'une opération assez particulière. Il s'agit de grains mangés et digérés par les oiseaux. Ils sont ramassés un à un dans le guano, à la main, et nettoyé puis séché au soleil. Il est évidemment un peu plus cher que les autres poivres.

 

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Le tri des grains de poivre, à la pince à épiler

 

Ma dernière expédition fut pour Kep, station de bord de mer située à une vingtaine de kilomètres de Kampot. J'y suis arrivée par un beau soleil. J'ai déjeuner de crabe au poivre en bord de mer, bons à se damner et d'une fraicheur incomparable. Il suffit de s'asseoir dans un des cabanons longeant la mer à côté du marché aux crabes. Il faut ensuite lire la carte, hésiter, tergiverser pendant un moment, puis commander. Pour moi, ce fut le crabe grillé au poivre. Une petite dame se jette alors à l'eau et marche jusqu'à un panier de crabes sans embrouilles. Elle y pioche ton déjeuner, mon lecteur salivant, qu'elle ramène sur la terre ferme. Les crabes partent alors en cuisine pour revenir fumants dans une assiette. Il n'y a plus qu'à plonger les doigts dans l'assiette et se délecter! Il n'y a pas eu de suite à ce déjeuner qui m'a laissée repue. J'ai repris la route noircie par les nuages en direction de Kampot et me suis prise la plus grosse saucée du séjour.

 

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Par ici le déjeuner!

 

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 07:50

La seule idée préconçue que je pouvais avoir de Phnom Penh était peut-être de trouver une énième ville asiatique dépourvue de charme et qui te donne envie de prendre tes jambes à ton cou. Après tout, je suis arrivée au Cambodge sans même un guide à potasser. J'avais peut-être également une vision de misère dans un coin de ma tête. Après tout mes précédentes escales faites d'ONG à tous les coins de rues laissaient présager le pire. Car il est bien connu que les capitales concentrent souvent le pire d'un pays. Idée préconçue ça aussi? Maiiis noooon!! Mais voilà, Phnom Penh sent bon le plan d'urbanisation pas trop con avec ses larges avenues arborées qui laissent passer la brise et fournissent de l'ombre. Entre ces larges avenues, de petites ruelles, parfois très charmantes, bordées de maisons basses. Au premier abord, nulle envie de me remettre en selle. Au dernier, non plus.

 

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L'avenue du Palais Royal

 

Ceci étant dit, il n'y a pas grand chose à faire à Phnom Penh, à part traîner dans les nombreux bars et restaurants à touristes et/ou expatriés. Les sites touristiques majeurs sont concentrés sur les abords du poin de convergence des rivières Tonlé Sap et du mythique Mékong. Tout juste si l'on aperçoit l'autre rive. De gros tankers remontent le Mékong tandis que les petits bateaux s'engagent sur la Tonlé Sap. Voilà pour l'aspect fluvial de la ville.

 

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 Mékong et Tonlé Sap ne font plus qu'un

 

Autre attraction majeure, le palais royal, qui ne se visite pas. "Pourquoi une attraction majeure alors", me diras-tu mon lecteur perplexe? Parce que l'enclos royal abrite également un des temples les plus sacrés du Cambodge. Pourquoi les Khmers rouge ne se sont-ils pas emparés du Bouddha en or massif incrusté de diamants? Mystère... Toujours est-il qu'il trône au milieu d'une salle pavée d'argent massif. Immodestes reliques d'un empire autrefois richissime tout entier tourné vers Bouddha. Au sein du même enclos, un curieux cadeau fait par Napoléon III au roi du Cambodge: un pavillon en fer blanc et cristal. On trouve aussi les stuppas funéraires de Siahnouk et ses successeurs. Bon ben voilà... je crois que je t'ai fait faire le tour de Phnom Penh en quelques touches sur mon clavier. 

 

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Afin de boucler la boucle et de conclure ce court article, même s'il y a peu à voir, Phnom Penh est une ville où il est agréable de flâner (le jour) et qui permet de s'octroyer une virée shopping au Russian Market qui propose des contrefaçons et quelques vrais articles Made in Cambodia pour des marques comme H&M ou Banana Republic. H&M moins cher qu'H&M... c'est possible!

 

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Il y a de tout au Marché Russe

 

 

 

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 12:49

Il arrive (fréquemment?) que les mots ne puissent rien. Ils n'auront ni la force, ni le courage, ni la sagacité nécessaire pour représenter l'innommable. Ce qui s'est passé derrière les murs de la prison S-21 pourra être raconté des milliards de fois, mais jamais les mots utilisés rendront compte fidèlement de l'horreur vécue. Me voici donc à visiter le fief khmer rouge de la torture à Phnom Penh sous un beau soleil et un ciel bleu marine.

 

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Tuol Sleng, plus communément appelée S-21

  

Pol Pot et/ou ses camarades n'ont reculé devant rien pour instaurer le régime de terreur et d'anéantissement de leur peuple. Après avoir vidé la capitale khmère de ses habitants en les envoyant en travaux forcés dans les champs, ils ont transformé un établissement scolaire de la capitale en prison et bureau de torture. Pour Pol Pot, la seule éducation valable était celle des champs et du travail physique. Lecture, écriture et culture ne pouvaient servir honorablement la révolution. Lors de la prise de pouvoir de Pol Pot, tous les cadres politiques du régime précédent n'ayant pas réussi à prendre l'exil se sont vu torturés, puis tués. Ils passaient par S-21 pour "avouer" leurs crimes, le principal étant de ne pas avoir foi dans le régime khmer rouge. Les cellules de tortures ont été conservées intactes: le lit de fer, la barre d'entrave fixée au lit par une lourde chaîne, la gamelle. Les murs sont nus. Seule une photo témoin, prise lors de la libération de la prison. Il ne restait pas une âme vivante. Seuls quatorze cadavres que les khmers avaient laissés dans leur fuite.

 

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Cellule de torturé

 

Les cadavres sont enterrés sur le site, petites tombes blanches aveuglantes sous le soleil de plomb. L'horreur est aussi difficile à regarder de près. Le deuxième bâtiment rassemble les photos des prisonniers prises par leurs bourreaux lors de leur arrestation. Certains sourient à l'objectif, sûrement inconscients de ce qui les attend et un peu trop confiants en leur innocence. D'autres offrent un visage impassible, une grimace ou des larmes. Il n'y a ni distinction de genres, d'ethnies ou de races, ou encore d'âge. Les mères étaient amenées et tuées avec leurs enfants en bas âge. Même l'épouse d'un camarade haut-placé et leur enfant sont passés par les geôles de la mort. Le régime n'offrait pas de porte de sortie à ses prisonniers, car il avait raison. Les chiffres concernant les rescapés de S-21 varient de 17 (le plus communément cité) à 179, soit entre un pour mille et un pour cent. Tous regardent l'objectif, car ils étaient assis et attachés à une chaise dotée d'un appui-tête. On imagine bien que la plupart devaient être aussi mous que du Tubblegum sortant de son tube. Mais le régime a pensé à tout, même à offrir une dignité de façade à ses morts-vivants.

 

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Prisonnières de S-21, ignorant encore leur sentence définitive

 

Le troisième bâtiment a été conservé intact, avec ses rideaux de fers barbelés émaillant la façade. Pas de fuite possible, ni même de suicide. Là, les salles de classes ont été divisées en petites cellules de 2 mètres de long sur un mètre de large. Un anneau cimenté dans le sol permettait de fixer la chaine pour la barre d'entrave. Une ouverture dans la porte en bois pour faire passer la gamelle et surveiller les prisonniers. D'autres salles ont été conservées en l'état (le tableau noir est toujours là) et accueillaient les prisonniers par dizaines sur des lits de fer dépourvus de matelas.

 

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Salle de classe réaménagée en cellule individuelle

 

Enfin, le quatrième et dernier bâtiment présente les différents instruments de torture. Piques, crochets, baignoire, planches... le seul instrument qui n'y figure pas est le portique. Biens malins, les geôliers ont pensé à reconvertir le portique d'agrès de la cour en instrument de torture. Ils suspendaient le prisonnier par les pieds depuis la poutre du portique, le fouettaient, le piquaient, le questionnaient sans relâche et quand il perdait connaissance, abaissait la corde pour lui plonger la tête dans un baquet d'eau souillée.

 

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Le portique

 

La prison a rempli ses bons offices (sic) tout le temps de la durée du régime, soit un peu plus de trois ans. Six mois plus tard, elle était transformée en musée pour témoigner d'un passé méprisable. Passé qui n'est même pas enseigné dans le programme officiel. Les Khmers rouge chassés du pouvoir, la guerre civile a encore continué 20 ans. Aujourd'hui, le pays est rogné, rongé par la corruption impudique de ses élus. Forêts, montagnes, sable, terrains sont vendus aux Chinois, aux Vietnamiens, aux Coréens, aux Russes qui se servent sans vergogne, pillant jusqu'à l'espoir d'un futur tangible pour le peuple khmer. En échange d'une route et de dessous de table qui se calculent bien souvent en millions de dollars, les caciques cèdent tout ce qu'ils peuvent pour engrosser leur compte en banque personnel. S'ils pouvaient marchander l'espoir, nul doute qu'ils le feraient. Cet éclairage est le seul que j'ai trouvé pour justifier la dureté d'un peuple, à l'individualisme forcené pour qui ne compte que sa famille. Et encore... Triste Cambodge.  

 

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Les "10 Commandements" de S-21

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 09:47

Aujourd'hui, j'embarque pour une journée au coeur de la campagne cambodgienne. Après Siem Reap et ses centaines de guesthouses et hôtels, ses bars et restaurants, ses routes neuves et sa pléthore d'ONG à l'oeuvre, le contraste est pour le moins saisissant. Pas besoin d'aller bien loin pour trouver un guide/chauffeur. J'ai été approchée par Bun, le même qui m'avait récupérée à la sortie du bateau. Il a réussi à convaincre un autre résident de l'hôtel, Benoît, un Français, et c'est donc à deux que nous plongeons au coeur du Cambodge. Nous attaquons la matinée par une visite des petits métiers.

 

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 Par ici la bonne gaufre! 

 

Bun s'arrête tout de suite devant une petite échope. Sur le seuil, en bord de route, une dame accroupie fait des gaufres au feu de bois, dans les gaufriers comme on en trouve par centaines à la braderie de Lille. Ceux en fonte dont plus personne ne veut chez nous. Malgré notre refus poli, Bun nous achète une gaufre chacun et force est de constater qu'en une simple bouchée, j'ai la nostalgie de la Belgique. Et encore, elle est meilleure que bien des gaufres belges.

 

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Il faut battre le fer tant qu'il est chaud

 

Nous continuons un peu plus loin et nous arrêtons à la forge. Bienvenue chez Cétautomatix! Une hutte, un feu actif, des lames de métal qui chauffent. Le forgeron en sort une avec une pince et commence à la marteler sur son enclume. Puis la remet à chauffer. Il en sort une autre et rebelote. Il martèle, modèle, et fait sortir de sous sa masse 5 couteaux par jour. Il y a le couteau à découper, celui à débiter, la serpe très arrondie pour faucher le riz. Pour avoir laissé glisser un doigt léger le long d'une lame, le monsieur a beaucoup de talent... et sûrement peu de fortune, car un couteau coûte entre $3 et $5 pièce!

 

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Bamboo sticky rice

 

Notre troisième halte sera pour les faiseurs de riz gluant cuit au bambou. Toute la famille est à l'oeuvre. Monsieur débite les bambous bien vert à la scie. Madame les farcit ensuite de riz gluant qu'elle a fait cuire avec du lait de coco et des raisins. S'ensuit une deuxième cuisson à la braise. Les tubes de bambou farcis sont déposés sur des braises chaudes pendant plusieurs heures. Ensuite, Madame les récupère et ôte la partie carbonisée. Il suffit alors d'ouvrir le bambou en corolle et de déguster le riz encore tiède. Un vrai délice dont les Cambodgiens raffolent à toute heure du jour.

 

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Merci de me lever ces 12367854 poissons en filet pour ce soir!

 

Il est temps de s'en prendre plein les narines en nous rendant au "marché à la pâte de poisson". Voilà un mets, pas trop délicat pour nos fins palais, dont les Cambodgiens usent et abusent également. Il s'agit de filets de poissons salés et légèrement saumurés, puis pressés pendant plusieurs jours. Bun ne nous demande pas de goûter cette fois. L'odeur de poisson et de sel suffira à l'expérience. Cette spécialité requiert beaucoup de main d'oeuvre, car il faut lever les poissons en filet, moudre le sel en grains suffisamment fins, bien mélanger le sel aux poissons puis les mettre dans une énorme barrique pendant plusieurs jours.

 

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Feuilles de riz tout juste cuites, avant le séchage au soleil

Un autre métier, insoupçonné chez nous, est celui de faiseur de galette de riz. Toi qui te régale de rouleaux de printemps quand tu te mets à la diète, mon lecteur sinoïsant, sache que la petite feuille de riz qui enserre si délicatement les pousses de soja, la menthe et la crevette sont faites à la main ici. Voilà encore un métier bien pénible et répétitif. Une jeune fille s'accroupit devant deux "poêles" convexes chauffées à la paille de riz de 8 heures du matin à 5 heures du soir. Elle dépose sur une poêle une très fine couche de pâte et recouvre la poêle d'un entonnoir. Elle soulève l'entonnoir de l'autre poêle et décolle délicatement la feuille de riz qui a cuit 15 secondes. Elle dépose la feuille sur un tube de bambou. Sa collègue prend alors la feuille qu'elle étale sur une claie de palme. Une fois la claie remplie, elle est déposée au soleil où les galettes sont mises à sécher. La mamie, elle, a pour charge de décoller les feuilles de riz translucides et craquantes des claies, sans les casser. A elles trois, elles peuvent produire 3000 feuilles de riz par jour, qui sont vendues $1 les 100!

 

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Les cigarettes roulées comme au bon vieux temps

 

Nous terminons le tour des petits métiers du Cambodge par la rouleuse de cigarette. Cette vieille dame de 67 ans roule depuis ses 13 ans, assise devant sa petite guérite 7 heures par jour. Son tabac, bio insiste-t-elle, vient d'une province voisine. La colle est faite de riz. Son mari et ses quatre fils ne veulent plus la voir travailler, mais elle refuse d'abandonner sa boutique. Alors elle continue à rouler, même si ses clients sont désormais les rares touristes à venir ici. Elle me refourgue d'autorité 4 cigarettes de tabac brun, qui selon elle est excellent pour guérir les problèmes d'ongle. On verra bien quand le problème se présentera.

 

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"C'est très lourd" nous a-t-il dit en passant. Tu m'étonnes!

 

Bun nous arrête au milieu d'une rizière et lève le voile sur un coin de Cambodge qui ne figure dans aucun guide. La corruption rampante qui empêche d'avancer. Un de ses amis s'est vu offrir un poste au bureau de l'électricité pour $5000. Il sera payé $100 par mois. Les professeurs gagnent tellement peu qu'ils préfèrent donner cours chez eux l'après-midi aux enfants dont les parents peuvent payer. Ces enfants se voient octroyer d'office de meilleures notes, ont le droit d'arriver en retard à l'école, peuvent même se contenter de recopier le livre pendant les contrôles... Evidemment, tous les professeurs ne sont pas comme cela, mais cela laisse tout de même songeur quant au sens d'équité inculqué par les enseignants. D'après Bun, les gens des campagnes sont laissés dans l'ignorance, notamment concernant le sombre passé de Pol Pot. Cette période n'est pas enseignée à l'école. Lui-même a découvert l'histoire de son pays au contact des touristes qu'il promène dans son tuk-tuk. La raison? D'anciens cadres des khmers rouge occupent encore des postes dans l'administration. "Jetons un voile sur ce passé glorieux". Bun est amer et termine son exposé du Cambodge contemporain en espérant qu'il verra un changement de ses propres yeux. Il n'a que 25 ans.

 

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Une fois en haut, il y a une deuxième volée de marches...

 

Notre journée se termine par la visite d'un temple d'époque angkorienne au 357 marches. Du haut de ce promontoire, la vue sur la platitude des rizières est splendide. Nous redescendons et attendons patiemment devant la bouche d'une grotte. Tous les soirs, après le coucher du soleil, des millions de chauve-souris s'échappent de la grotte et vont festoyer dans la campagne environnante. Le flux continu des bestioles dure de 40 minutes à 1 heure! Nous ne sommes pas restés tout ce temps. La douche bienfaitrice et le dîner salvateur se faisaient attendre.

 

 

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Le temple de Phnom Banan

 

 

 

 

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  • : Viens je t'emmène... J'ai initié ce blog à l'occasion d'un périple de 3 mois en Australie, Nouvelle-Zélande et parcs nationaux US... Et puis j'ai continué à chacun de mes voyages. Si toi aussi tu as la bougeotte et que tu aimes découvrir de nouvelles destinations, tu es sur le bon blog!
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